Il est 4h30. Je viens de refermer un des plus beaux livres que j’ai lu. Pas exceptionnel , non, mais des mots (c'est un lien, au cas-où) qui font bouger des choses à l’intérieur. je vous laisse ça/ Une vieille rancune, une haine que j’espérais un peu oubliée, le goût du sang séché sur le coin des lèvres, l’écoeurement. Je croyais tout ça mort ; crevé. Non non non, Marine, pardonner ça te dit quelque chose ? Allez allez, avance, dégage.
On me parle de vie professionnelle et moi j’ai envie de m’ouvrir les veines. 4 ans c’est long c’est court ça ira vite je ne serai plus la même j’espère, la même que celle qui radote ici. Why did you chose these studies ? why are you h-e-r-e ? And where do you see yourself in a couple of years? - Wait a minute. Ooh shit, wanna disappear.
Si tu veux vraiment savoir vieux mielleux moi je veux être nulle part et partout, faire des films, inventer des mots et des biscuits, déterrer de l’or et des diamants, être exposée, explosée, boire des alcools forts sur glace dans des robes élégantes, avec des hommes qui sentent le tabac et la chaleur, ceux qui te murmurent des choses à l’oreille en t’effleurant la nuque le soir au bar. Je veux être la muse d’un chanteur ou d’un écrivain, je veux qu’on pleure pour moi, qu’on tue pour moi. Je veux aussi un jardin en fin de journée, écouter un lave-vaisselle qui ronronne des petits chats qui minaudent, un gosse qui gazouille et un beau hall d’entrée. Je veux la douceur ou l’amertume des nuits de brume.
Je ne veux pas de la solitude des folles.
Je veux que les vies que j’essaye et que j’abandonne, que j’abandonne parce qu’elles me piquent la peau, parce qu’elles sont trop étroites ou tellement grandes que j’y crie et que personne ne m’entends ; je veux que ces vies là disparaissent. Je veux que cette recherche permanente s’arrête, pour que la respiration reprenne son rythme normal , évacuer ce tambour sourd.
C’est impudique, complètement enfantin ce que je fais ici. M’écrire m’écrier m’exposer à à à..quoi ? A des noms de villes, aucun visage, aucun regard pour me sonder. C’est mieux, ça me va, c’est plus facile (dieu sait combien j’aime la facilité). Les attentes qui se cachent derrière me terrorisent. J’ai 20 ans et je n’ose pas aller prendre un verre avec quelqu’un parce que quoi ? parce que j’ai peur de décevoir ; peur d’être juste moi et que ça ne soit pas assez, peur que le décor m’absorbe, peur de parler trop vite par angoisse d’ennuyer, peur que la détresse qui m’habite ne finisse par éclater et blesse les orgueils.
Cet été ce n’était pas moi, je la regardais faire, cette fille à qui on dit « viens » et qui ouvre la portière. C’était un mensonge ou une jolie gravure, c’était bien. La vérité n’est plus l’objectif. Si le lendemain je ne reste pas c’est pour éviter d’avoir à raconter ma vie. Je ne me rappelle plus la première fois où je me suis sentie vivante. La dernière non plus.
J’ai entendu la vie se moquer il y a deux jours, en manquant de m’évanouir dans la file d’attente. La vision qui rétrécit, les comètes blanches le bourdonnement sourd les tremblements et la sueur. Ne plus rien voir ne plus rien entendre, penser merde merde merde. Ca aurait été bien, crever la tête la première dans un café glacé.
Quand j’étais petite je croyais que tomber dans les pommes, c’était réellement tomber dans un tas de pommes brillantes qui roulaient les unes sur les autres en vous menant quelque part. Je croyais que je savais parler aux oiseaux, je croyais qu’il avait un ouvrier sous le trottoir qui changeait le feu rouge toutes les minutes, je croyais que si j'avalais un noyau de cerise un arbre allait me pousser dans le ventre. Je croyais que fred et jammy étaient éternels. Je croyais que les adultes ne vieilliraient jamais, que tout ça resterait intact, que je continuerais à galoper dans les champs, à voler les framboises du voisin et prendre leurs oeufs aux canards pour les couver dans ma chambre. J'étais convaincue que x était amoureux de moi parce qu’il m’avait regardé en classe. Je n’avais pas conscience de moi, pas de gêne d’être là, pas de passé pas d’avenir. La seule crainte c’était d’être oubliée à la garderie. C’était le temps des chevaliers du zodiaque et des glaces à l’eau. On ne devrait pas détruire des images comme ça.
J’écrivais déja. C’est assez drôle, les choses qui importaient à l’époque (1999). Mon premier journal c’était un cadeau de maman, un carnet avec un bébé phoque en couverture, un cadenas et une petite clé dorée,pour empêcher les espions de tout saisir, pour rendre secret ce qui n’avait d’existence pour personne. J’ai pas arrêté depuis. Je dois en avoir une bonne dizaine, des carnets. C’est une maladie nécessaire. Ca ne fait que donner une deuxième vie à ce qui fait mal, c’est barbare c’est violent mais c’est essentiel. C’est essentiel de savoir qu’on vous lit, je sais que c’est encore plus égocentrique que d’embrasser son reflet, c’est projeter des mots sur les autres en espérant qu’une seule personne vous lira (car on écrit toujours pour quelqu’un). Même si elle ne vous lit plus. C’est énervant et ça agite encore un peu plus les vagues. C’est rendre intéressant ce qui gravite sous mes cheveux, c’est oser croire que c’est important, oser croire qu’on s’y intéresse, c’est se rendre encore plus faible pour qu’on vous console et qu’on vous plaigne, c’est totalement malsain, calculé, oui, obscène.
Ce que je veux ? ce que je veux c’est des jambes chaudes autour des miennes le matin, c’est pouvoir remettre du rouge à lèvres rouge, oser, comme quand j’avais pas peur des autres parce que je me savais désirée, voulue, attendue quelque part. Ma bouche faisait baisser les yeux des hommes en costume le matin et fascinait les petites filles, dégoûtait les mères. Je m’en foutais, j’étais amoureuse, ah ça oui j’étais fière.
Ce que je veux c’est que les gens se cachent pour mourir, qu’ils laissent le doute, un mot, puis rien, zoup! qu’on ne sache pas où on va, qu’on puisse croire qu’on va vivre éternellement, qu’on ne puisse pas se dire que de toute manière ça sert à rien, on va crever. Empecher de baisser les bras, donner envie de construire quelque chose, ne jamais voir ses parents pleurer, ne pas entendre les saloperies faussement étouffées dans la cuisine,
Les spots du stade font réfléchir des faux éclairs sur mes vitres. Voilà ce que je veux faire plus tard : je veux créer des orages, comme U2
6 commentaires:
:(
C'est bono qui te fait agir de la sorte ?
ça pourrait mais non :)
c'est plutôt de me relire ici ou ailleurs et de voir que j'utilise toujours les mêmes mots, que ça n'arrange rien et je me demande si ça n'empire, n'exagère pas tout..
J'espère que tous ces mêmes mots ce retrouveront dans un même beau livre un jour...
J'espère qu'un jour je pourrai parcourir la biblothèque et tomber sur un Marine Coutereel !
Bon sang que ca le fait ! :)
Bisous.
Loredana.
haha si ça arrive un jour j'aurai bien vite fait d'changer de nom!
Salut,
je suis arrivée un peu par hasard sur ce blog, depuis "menthir" sur skyrock. Je trouve tes articles complètement fous, c'est bête à dire mais ça me parle tellement, un article sur menthir m'avait limite fait pleurer tellement il était vrai.
Le passage sur "quand j'étais petite je croyais..." m'a fait penser à une chanson (que tu connais peut-être), qui s'appelle 1983 (Barbara), de Mendelson. La nostalgie tout ça.
voilà voilà... bonne continuation :)
"l'obscénité n'apparaît que si l'esprit méprise et craint le corps, si le corps hait l'esprit et lui résiste."
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