Il est beaucoup trop tard et pas encore assez tôt. Que reste-t-il des aigles ? Sous mes paupières mes yeux sont durs comme de la pierre, deux globes de verre qui ont trop bu, deux boules de métal qui ne procréent rien, deux lunes vides qui n’aident pas à trouver un chemin. Deux pruneaux secs qui, étrangement, ne pleurent plus. J’ai cette phrase qui me tourne autour, celle que j’ai dite à ma mère le soir de ma petite communion, "Maman j’ai reçu jésus dans mon coeur". Je me demande s’il y est encore, ce qu’il pense de tout ça, s’il a survécu quand le bateau s’est renversé et que les vagues ont tout avalé, la candeur et les impudents. Je me demande s’il me pardonnera.
- tu viens à l’enterrement demain ?
- oh..ouais, pourquoi pas, comme ça je fais quelque chose
- « comme ça tu fais quelque chose ? »
- oui, j’ai dit oui.
Plus personne ne vit ma vie, je ne m’occupe plus de mes histoires (« mais on n’en a rien à foutre de tes histoires de cul ! – moi non plus figure-toi, j’en ai plus rien à foutre.. »). J'ai même plus le coeur à appeler ça des histoires d'amour, ça ne leurre plus personne, même pas moi. j'ai laissé tomber les niaiseries (elles te reviennent toujours droit sur la gueule); maintenant je dis non quand j'ai la flemme de prendre une douche, de sauter dans un métro, et je laisse mourir tout ce qui avait commencé (et souvent à sens inverse, d'abord deux fin de parcours qui se rejoignent). "L'enfant gâté ça va deux secondes; tu n'es pas une pizza qu'on livre à domicile quand on a un petit creux". L.E.
Un suicide social en gros. Ou plutôt une protection rapprochée, une défense idiote, un orgueil qui renaît. Abîmée mais tranquille, pour éviter la perte d’éclat et l’éparpillement, les nouvelles fables auxquelles on ne veut plus croire.
Et ça me fait rire. J'aimerais bien être néovierge. Le thé est sans doute la boisson parfaite pour les conversations compliquées. Un silence qui pèse ? croquer le petit biscuit. Le rouge qui monte aux joues ? jouer avec la rondelle de citron. Des larmes inappropriées ? Plonger dans sa tasse. Envie de s’en aller? «Je vais vite aux toilettes, tu sais bien, le thé…Tu demandes l’addition ?».
C’est fou comme la simple détresse n’arrive pas à sauter aux yeux des gens qui s’adjectivent proches. Non, ils ne voient pas, non ils ne discernent pas, non ils n’écoutent pas. Avec les années qui avancent on a juste besoin d’un tapis sonore pour ne plus s’écouter, pour bien s’entendre. Il faut élaguer la sincérité, user de ce qu’il faut de drogues et de mots qui excitent, de ce qu’il faut de beau pour sublimer le moche.
Il y a des jours aussi où je me réveille sans fatigue, sans flemme, des matins où je mange trois tartines beurre/confiture, où je chante tout bas sur le chemin, des matins où tout est à sa place bien comme il faut, même toi. J’avais besoin d’aller marcher, de voir des visages, d’un peu de vent pour me dépoussiérer, d’un peu de soleil pour m’assurer que j’avais toujours une ombre pour m’accompagner.
Je me suis laissée balader par le tram et en 7 minutes j’ai croisé une petite fille endormie sur un appui de fenêtre défraîchi, une file indienne de bouchers qui portaient des cuisses d’animaux à vif sur leurs épaules, une poubelle d’où sortaient des dizaines de roses merveilleuses. Je me demande bien qui a pu mettre ça à la poubelle. Ah les histoires d’amour...Je suis descendue j'en ai pris une, elle ne sentait rien (il n'y a que dans les film que le fleurs sentent bon), je l'ai accrochée à ma veste, je suis remontée dans le tram d'après. J'avais l'air d'une diseuse d'aventures. J'aime bien, pour le moment, je lis Les Jolis Garçons, mes voisins de wagon doivent me prendre pour une fille aux moeurs légères, c'est mieux que celle qui chialait dans sa robe à fleur pour des adieux sans espoir. Je ne sais plus très bien où j’ai lu ça, mais quelqu’un d’assez important a dit que les gens qui ne prennent jamais les transports en commun ne peuvent pas vraiment être. Que c’est dans les wagons jaunes des métros qu’on voit la vie la vraie, qu’on voit que la plupart des gens sont laids et mal habillés, dépités, qu’on voit des couples qui se lèchent, qu’on observe la foule, qu’on respire les gens, qu’on entend des échanges qui bouleversent, qu’on a peur à minuit, qu’on somnole tous ensemble à 7h30, etc (enfin c’était beaucoup mieux formulé mais l’idée est là). Ca annihile les heures, les saisons ; on est tous bloqués dans le même néant spacio-temporel sans aucun repère si ce n’est un point rouge comme une pierre précieuse qui avance sur un fil de fer, un œil unique qui donne au moins l’impression d’aller quelque part, même le ventre ouvert. D'être en plein milieu de l'en dehors de tout.
Un suicide social en gros. Ou plutôt une protection rapprochée, une défense idiote, un orgueil qui renaît. Abîmée mais tranquille, pour éviter la perte d’éclat et l’éparpillement, les nouvelles fables auxquelles on ne veut plus croire.
"Comment ça une pute? s'exclamait l'un des deux. Moi, elle m'a dit qu'elle était repucelée!"
Ils se sont gondolés de concert à ces mots.
"Non, elle a vraiment sorti ça? "Repucelée"?
- Ouais, repucelée, néovierge, un truc du genre!
- Peut-être qu'elle croit que ça sert à ça, la pilule du lendemain."
Nouvelle crise d'hilarité."
Tom Wolfe; Moi, Charlotte Simmons. p.13.
C’est fou comme la simple détresse n’arrive pas à sauter aux yeux des gens qui s’adjectivent proches. Non, ils ne voient pas, non ils ne discernent pas, non ils n’écoutent pas. Avec les années qui avancent on a juste besoin d’un tapis sonore pour ne plus s’écouter, pour bien s’entendre. Il faut élaguer la sincérité, user de ce qu’il faut de drogues et de mots qui excitent, de ce qu’il faut de beau pour sublimer le moche.
Il y a des jours aussi où je me réveille sans fatigue, sans flemme, des matins où je mange trois tartines beurre/confiture, où je chante tout bas sur le chemin, des matins où tout est à sa place bien comme il faut, même toi. J’avais besoin d’aller marcher, de voir des visages, d’un peu de vent pour me dépoussiérer, d’un peu de soleil pour m’assurer que j’avais toujours une ombre pour m’accompagner.
Je me suis laissée balader par le tram et en 7 minutes j’ai croisé une petite fille endormie sur un appui de fenêtre défraîchi, une file indienne de bouchers qui portaient des cuisses d’animaux à vif sur leurs épaules, une poubelle d’où sortaient des dizaines de roses merveilleuses. Je me demande bien qui a pu mettre ça à la poubelle. Ah les histoires d’amour...Je suis descendue j'en ai pris une, elle ne sentait rien (il n'y a que dans les film que le fleurs sentent bon), je l'ai accrochée à ma veste, je suis remontée dans le tram d'après. J'avais l'air d'une diseuse d'aventures. J'aime bien, pour le moment, je lis Les Jolis Garçons, mes voisins de wagon doivent me prendre pour une fille aux moeurs légères, c'est mieux que celle qui chialait dans sa robe à fleur pour des adieux sans espoir. Je ne sais plus très bien où j’ai lu ça, mais quelqu’un d’assez important a dit que les gens qui ne prennent jamais les transports en commun ne peuvent pas vraiment être. Que c’est dans les wagons jaunes des métros qu’on voit la vie la vraie, qu’on voit que la plupart des gens sont laids et mal habillés, dépités, qu’on voit des couples qui se lèchent, qu’on observe la foule, qu’on respire les gens, qu’on entend des échanges qui bouleversent, qu’on a peur à minuit, qu’on somnole tous ensemble à 7h30, etc (enfin c’était beaucoup mieux formulé mais l’idée est là). Ca annihile les heures, les saisons ; on est tous bloqués dans le même néant spacio-temporel sans aucun repère si ce n’est un point rouge comme une pierre précieuse qui avance sur un fil de fer, un œil unique qui donne au moins l’impression d’aller quelque part, même le ventre ouvert. D'être en plein milieu de l'en dehors de tout.

5 commentaires:
"Moi, j'ai jamais pris le métro depuis que je suis à Bruxelles"
amourrr
Ce texte me parle trop ! Merci quoi ( et un des mieux écrits )
plus je lis tes articles, plus je trouble ton écriture extraordinaire. Je lis énormément, mais jamais je n'ai eu l'occasion de lire des textes si justes.
Merci.
& moi je vous remercie de venir lire tout ça:)
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