jeudi, juin 16

Baby girls and broken boys




(je serais vous, je ne prendrais pas la peine de lire, c'est long & chiant, c'est de la branlette intellectuelle factice, des réactions post téléfilm, je ne parle qu'aux murs, c'est de la typographie pour me fatiguer les yeux, c'est une correspondance avec celle que je fuis)

Ca remonte à loin, déjà, mais je savais que je passerais ma vie à être transparente, où du moins à espérer ne pas l’être. Je me vois encore me regarder dans le miroir des vestiaires après les cours de gymnastique, regarder mon visage, si semblable à celui de dizaines de filles, me dire que rien ne me différenciait des gens que je voyais. Que j’étais pareille à toutes les filles blondes, à tout le monde mais que toutes ces autres avaient quelque chose à elles, quelque chose de particulier, ce détail qui faisait qu’on les reconnaissait, qu’on les différenciait, qu'on s'attachait. Je ne voyais qu’un visage où on ne pouvait rien lire, un visage complètement standard, figé, une surface qu'on ne remarque pas, un décor, le long d'une autoroute quand la vitesse brouille tout, un été sans saveur. Les professeurs ont du mal se souvenir de mon prénom, encore aujourd'hui.

J’avais peur, oui, beaucoup, pour une gamine de dix ans. Mais personne ne va jamais me reconnaître ? Personne ne va jamais pouvoir croiser quelqu’un et se dire « cette fille ressemble à Marine », puisque je ressemble à tout le monde? Et on pourrait me kidnapper, on passera à côté de moi sans me reconnaitre, je pourrai crier à l'arrière d'une voiture personne n'entendra, tout le monde dira que je fais semblant, Maman me confondra avec quelqu'un d'autre et puis on m'oubliera? Oui, j’étais persuadée qu’une armée de filles avec mon visage et ma neutralité couraient les rues, remplissaient les cours de récré, prendraient ma place avant moi partout où je voudrais aller.
Et ça ne m’a jamais quitté, cette phobie de ne rien avoir pour moi, rien qui puisse faire la différence. Maintenant, avec les années et le recul, je sais que ce que j'envie s’appelle le charme.

Si je m’écoutais, bien, vraiment bien, avec attention, j’arrêterais tout ce que je fais pour le moment (ces déceptions, ces souvenirs, ces journées passées que je collectionne comme des petits coquillages délavés qui s'entrechoquent, ces années d'étude qui vont me mener vers quelque chose qui n’est pas fait pour moi, ces ersatz de relations avec des sentiments périssables et des excuses interchangeables pour au final te faire comprendre que tu ne conviens pas), j’arrêterais d’avoir des larmes salées dans l’angle mort quand on m’assaille de vérités qui blessent, aussi. Ces putains de discours qui commencent par « il est quand même temps que tu prennes de l’assurance, hein, que tu t’affermisses au téléphone, que tu n’aies plus constamment peur des gens, que tu deviennes sûre de toi, que tu cries haut et fort ce que tu penses. Ces putains de discours qui terminent par « je dis ça pour ton bien tu sais, personne ne va te manger, ne reste pas effacée comme ça sinon tu vas jamais arriver à quelque chose dans la vie hein, Marine, secoue-toi, montre leur! ».
Montrer quoi ? Arriver à quoi? toujours cette course stupide. Moi j'aimerais bien qu'on me mange. Me vendre? Il y a trop de compétition, et la courbe de demande n'existe pas. Ce qui blesse beaucoup, sans doute, c’est l’idée derrière, avoir à devenir l’antithèse de ce que je suis.

Si je m’écoutais, donc, oui, pour une fois, j’arrêtais tout, tout, et je reprendrais la danse. C'est ridicule, ridicule et enfantin, oui, mais c'est une chose parmi d'autres, comme ça, qui me ferait du bien. Comme avant, sans pression, sans ligne du temps. Des heures, des heures, des jours. Un an. Un an seule face aux miroir. Juste ça, un peu de musique, juste ça, les respirations, juste ça, déplacer de l'air, avoir mal, la fatigue, la bonne, la saine, celle qui fait du bien. Ne plus avoir peur d'aller dormir.

Et puis, et puis, la notion d'équilibre reprendrait tout son sens.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

t'as du charme Mar, mais tu ne le vois peut-être pas

Sarah a dit…

Je ne sais pas vraiment quoi écrire à la suite de la lecture de cet article-là. Je. Des banalités qui ne sonneront juste que le jour où tu auras avancé. Avant c'est juste une suite de mots trop entendus dont tu ne vois pas l'issu. La théorie tu maitrises mais la pratique t'échappes. Est-ce que tu sais qui tu es? Qui tu as envie d'être? Cette histoire de danse, ça me semble toi. Sa me semble bien. Il faut se révéler à soi-même pour se révélé ensuite au monde. Je ne sais pas si tu me suis. Mais tant que je n'ai pas su qui j'étais [c'est encore un peu flou, j'avoue] je n'ai pas pu avoir ce que tu appelerais de charme ou d'intêret ou je ne sais pas quel mot posé là-dessus. Construis-toi, donnes-toi de la consistance. Tu n'es pas une parmi tant d'autre. Tu es toi. Et personne d'autre ne peut-être toi. Sa yé je retombe dans les phrases trop dites. Bon je vais m'arrêter là, ça ne ressemble à rien tout ça...