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Quelque part au sous-sol on s'assied l'une à côté de l'autre, les courants d'air autour, les petites heures qui courent. On entend les avions qui nous roulent dessus pour décoller, les lamentations la tête vers le ciel avant de pouvoir sauter dans un train. Même direction, toujours. Le centre, les putes. Lola est partie à l'autre bout de la planète et on est fatiguées.
"De toute façon il n'y pas d'amour il n'y a que des preuves d'amour, comme je sais plus qui l'a dit"
"oui. Enfin, je ne sais pas, on verra."
On verra, petite interjection qui s'immisce dans toutes mes phrases, la virgule pour retenir la peur et les débordements.
10 février
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On a toujours entendu qu'on ne pouvait pas mourir dans son propre rêve. En tout cas si ce n’est pas ça je suis quand même salement blessée. Du sang partout des crânes qui craquent dans les escaliers, des mains qu’on coupe.
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On a toujours entendu qu'on ne pouvait pas mourir dans son propre rêve. En tout cas si ce n’est pas ça je suis quand même salement blessée. Du sang partout des crânes qui craquent dans les escaliers, des mains qu’on coupe.
L'inégalité des
armes. Etc. La présence de l'absence renferme l'absence de la présence; il
faut apprendre à jongler avec les deux sans perdre de plumes. En gros c'est le
moi recentré par rapport aux pôles, les expressions à décoder, se faire tant de mal pour si peu
de bien (mais quel bien). Un moment l'esprit proteste, je suppose. J'ai même
pas la force de courir me mettre à l'abri, et je reste en première ligne.
J’avais peu d’espoir dans ces substitutions désespérées, ces tentatives de
rattachement où le corps ne supportait pas, mauvaise greffe, rejet, des choses comme ça. Pourtant c’est
toujours une porte au cas où les fenêtres n’ont pas vue sur mer et où les
squelettes tombent des armoires sur un petit tas d’évidences brisées.
J’ai coupé mes cheveux et c’est d’une banalité
attristante, il a fait tellement froid que maintenant tout est gris, ce n’est même plus joli, et les doutes
se glissent comme des petits mots sous les portes. Je n’aime pas février. J'assieds mon corps dans le tram et d'un coup je suis entourée d'ennuis, d'échéances et de mensonges qui me guettent avec le sourire satisfait d'un chat qui digère.
En sortant de ma douche (froide, toujours trop froide pour les filles qui fondent) je me regarde dans
la glace et je ne vois rien venir, la buée reste collée par intimidation, ma peau réagit. Elle a raison ça fonctionne toujours ce genre de piège. J’ai sans doute encore du venin coincé sous
les tempes, le genre de truc qui paralyse progressivement. A l’intérieur tout est sur pause, je réfléchis au ralenti sur fond de machine à laver. Il faudrait que ça sorte, un jour où
l’autre, toutes ces horreurs, les expulser, les prononcer, les envoyer et puis sentir tous les muscles
qui se détendent, les nœuds qui se relâchent, le sourire radiant et dévorant.
J’ai 22 ans et
l’impression de ne pas savoir me gérer toute seule. Je me regarde avancer à l'aveuglette et je ressens la frustration d'un gosse qui a cassé son jouet et qui ne sait plus quoi faire des morceaux. Garder ou jeter? Papa n'est plus là pour réparer.
Il faudrait
m’endiguer me border et me nourrir avec des cuillères de mousse au chocolat. Contre ça.
Mais il y a toujours ces moments où les respirations parlent plus fort que les mots, où la chaleur vient d'une source extérieure qui m'emballe et me serre; où mes yeux s'ouvrent et sourient tout seuls, sans rien demander mais en offrant tout. Tout le flou dans lequel je suis.
Quand la dermatologue a pris sa fiche elle a vu que je n'étais plus venue depuis 2004.
"je m'attendais à voir une fille avec un peu d'acné, je trouve une femme avec une belle peau! C'est signe de bien-être ça, vous saviez?
- ah oui?"
Une femme. Les médecins ont toujours fait de bonnes blagues.

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